
L’atelier d’élaboration de la politique et de la stratégie nationale des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans l’éducation en République s’est ouvert, le 26 mai 2025 au Fleuve Congo Hôtel à Kinshasa. Cette session est organisée par le ministère de l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté (EDU-NC), en collaboration avec le ministère des Postes, Téléphone et Numérique ; le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) et le Projet d’apprentissage et d’autonomisation de filles (PAAF).
Dans son allocution d’ouverture, la ministre d’État, ministre de l’EDU-NC, Raïssa Malu a expressément mobilisé l’attention de l’assistance composée des cadres de l’EDU-NC, de l’ESU, des partenaires dans le secteur de l’éducation et d’autres parties prenantes sur la nature même dudit atelier.
« C’est avec un engagement profond que je prends la parole ce matin pour ouvrir un chantier, à la fois structurant, attendu et ambitieux : L’élaboration de la politique et de la stratégie nationale des technologies de l’information et de la communication dans l’éducation en République démocratique du Congo. Ce que nous faisons aujourd’hui n’est pas une première étape. C’est un point de bascule« , a de prime abord souligné l’autorité nationale de l’EDU-NC.
Et de circonscrire le contexte sur l’enseignement à distance : « Pendant longtemps, l’intégration du numérique dans notre système éducatif s’est faite par à-coups, souvent à travers des projets pilotes, des partenariats ponctuels, des solutions d’urgence. Mais en 2025, nous avons franchi une étape décisive. Pour la première fois dans notre pays, deux arrêtés ministériels ont été adoptés pour encadrer l’enseignement à distance : l’un pour le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire et l’autre portant organisation et encadrement de l’enseignement à distance au sein du ministère de l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté. Ces textes constituent une avancée majeure. Ils établissent désormais un cadre réglementaire clair pour la pratique de l’enseignement à distance et reconnaissent de manière explicite le droit d’apprendre autrement, d’apprendre partout« .
Raïssa Malu a par la suite souligné : « … nous avons aujourd’hui une base juridique solide pour engager une transformation d’ampleur portée par des standards partagés. Cette transformation est pleinement assumée dans notre Plan quinquennal 2024-2029, qui consacre la modernisation numérique de l’éducation comme l’un de ses axes structurants« .
Elle a évoqué l’ambition du sous-secteur d’équiper 60% de des établissements scolaires en dispositif numérique d’ici 2029, et faire en sorte qu’au moins 40% d’enseignants et élèves intègrent de manière régulière les TIC dans leurs pratiques pédagogiques et leurs apprentissages.
Aussi elle a rappelé les étapes déjà franchies par rapport à ce cap : « Nous avons légiféré sur l’enseignement à distance, nous avons équipé plusieurs établissements pilotes dans le cadre du projet précédent PEQPSU, nous avons expérimenté des plateformes hybrides telles que EducTV, Schoolapp et Maclass, nous avons mobilisé des partenaires techniques et financiers engagés, comme l’AUF, Enabel ou Digital School, et lancé la formation de premières cohortes d’enseignants à l’usage des outils numériques« . Toutefois, a-t-elle reconnu, ces efforts, bien que significatifs, restent encore fragmentés, inégalement répartis sur le territoire et trop souvent dépendants de financements extérieurs.
« Il est temps de changer d’échelle. Il nous faut passer de l’initiative au cadre structurant, du projet ponctuel à la politique nationale, de l’expérimentation locale à l’institutionnalisation. C’est précisément le sens du processus que nous lançons aujourd’hui. Cette volonté de changement est confortée par les constats lucides du diagnostic national de l’éducation numérique, réalisé avec l’appui de la Banque mondiale. Il dresse un tableau sans complaisance de notre réalité. Nous disposons certes d’un cadre légal général sur le numérique, mais celui-ci reste encore trop partiellement appliqué au secteur éducatif de base. Plus de 80% de nos écoles rurales demeurent sans connectivité fiable et à faible coût, freinant l’accès aux ressources pédagogiques en ligne« , a laissé entendre Raïssa Malu, tout en remerciant le ministère des Postes et des Télécommunications et des Numériques pour le projet Starlink jouera un rôle fondamental.
La patronne du sous-secteur a également indexé la « gouvernance fragmentée » sur le plan du numérique. En fait, Aucune instance intersectorielle n’assure aujourd’hui une coordination cohérente entre les différents niveaux et ministères concernés. Pourtant, les opportunités sont là. Les technologies mobiles se répandent, même dans les zones reculées. Les innovations pédagogiques émergent partout dans le monde. L’intelligence artificielle éducative, si elle est maîtrisée, peut offrir des réponses puissantes aux besoins d’individualisation des apprentissages, de suivi des élèves ou d’appui aux enseignants, a fait remarquer Raïssa Malu, émettant le voeu de voir ces opportunités être être saisies, organisées, transformées en politiques publiques. « Et c’est précisément l’enjeu de cet atelier. Ce rendez-vous ne saurait être perçu comme une simple formalité administrative. C’est un moment stratégique, un espace de clarification collective où nous devons faire émerger des priorités assumées, des arbitrages clairs et une vision partagée« , a-t-elle dit.
Raïssa Malu a alors suggéré des pistes de réflexion par des questionnements sur le modèle de transformation numérique pertinent pour la RDC compte tenu des contraintes territoriales, budgétaires et humaines ; les moyens de garantir que même l’élève vivant dans une zone de conflit ou sans électricité puisse avoir accès à des outils d’apprentissage adaptés ; l’architecture de formation continue permettrait de toucher dans un délai réaliste nos 1,2 millions d’enseignants ; le type de partenariat public-privé à privilégier pour garantir la soutenabilité financière des investissements numériques ; et surtout comment construire une gouvernance partagée et efficace entre le ministère, l’ESU, le ministère des PT et numériques, les provinces et les partenaires techniques et financiers.
« Nous avons besoin, non pas d’un document de plus, mais d’une politique ambitieuse, réaliste, et enracinée dans nos engagements constitutionnels et internationaux. Une politique fondée sur les droits, sur les équilibres territoriaux, sur la redevabilité. Et cette politique doit être traduite en une stratégie claire, hiérarchisée, budgétée, opérationnelle et mesurable. Ce que nous voulons construire ensemble, c’est un cadre qui garantisse que la révolution numérique éducative soit aussi une révolution de l’inclusion. Les filles, les enfants vivant avec handicap, les élèves déplacés par les conflits ou vivant aux périphéries ne doivent pas rester à l’écart. Il nous faut également encadrer cette transformation. La question de la cybersécurité scolaire, de la protection des données des apprenants, de la qualité et de l’accessibilité des ressources éducatives libres doit être sérieusement traitée« , a indiqué la ministre d’État.
« La stratégie que nous attendons devra être cohérente avec nos engagements dans le cadre de l’ODD4 sur l’éducation de qualité, de l’agenda 2063 de l’Union africaine et des aspirations de notre peuple. Elle devra surtout être à la hauteur des attentes de nos enseignants, de nos apprenants et de leurs familles… La révolution numérique éducative ne se décrète pas. Elle se planifie, elle s’organise, elle se gouverne avec rigueur. Nous avons aujourd’hui une volonté politique forte incarnée par le chef de l’Etat et la première ministre chef du Gouvernement. Nous disposons d’un socle juridique renforcé. Nous pouvons compter sur des partenaires techniques engagés. Ce qui nous manque encore, c’est une feuille de route commune, concertée et cohérente. C’est précisément ce que ce processus doit produire. Je vous invite, au nom de l’État, à travailler avec lucidité, exigence et ambition. Ce que vous allez définir ici, ce n’est pas une simple politique sectorielle, c’est une trajectoire nationale, c’est un choix de société, c’est l’avenir de notre jeunesse« , a conclu la ministre d’État Raïssa Malu.
Congo365.cd

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