Le 1er janvier 2004, l’orchestre Wenge BCBG sort l’album ‘‘Anti-Terro’’. Dans cet opus figure un vrai chef d’œuvre, mais pas facile à retenir pour le commun des mortels tant son texte est très complexe et truffé de mots compliqués qui nécessitent une attention particulière pour mieux les saisir : ‘‘J’suis là’’ de JB Mpiana. Je vais analyser juste une petite partie de cette chanson très riche en références, en la comparant à la réalité évoquée sous forme d’allusion.
JB Mpiana chante en effet : «Je te resterai fidèle lokola Arafat
«Toujours fidèle à sa lutte et achangea jamais look
«Ata ba chars de combat ezingi motéma na nga
«Ba déloger yo dans mon cœur na kondima liwa».
Les faits en référence
1. Yasser Arafat et sa fidélité à son look
L’image de Yasser Arafat, militant de la cause palestinienne et plus tard chef de l’OLP et président de l’Autorité palestinienne) est l’une des plus reconnaissables du XXe siècle. Son style vestimentaire n’était pas une simple question de goût, mais une véritable panoplie politique méticuleusement entretenue pour symboliser la cause palestinienne.
Depuis qu’il a été révélé au monde lors de son discours à la tribune de l’ONU en 1974, l’homme a gardé un habillement caractéristique, comprenant :
a) Le Keffieh (L’élément central)
C’est la pièce maîtresse de son identité. Contrairement au keffieh rouge et blanc (souvent associé à la Jordanie ou à l’Arabie Saoudite), Arafat portait presque exclusivement le keffieh à motifs noirs et blancs. Il le portait d’une manière particulière en disposant la partie retombante du tissu d’un seul côté, sur son épaule droite de manière à ce qu’elle dessine grossièrement la forme de la Palestine mandataire (incluant l’actuel Israël, la Cisjordanie et Gaza).
b) L’uniforme militaire
Arafat ne portait quasiment jamais de costume civil. Son choix s’est porté très tôt sur un uniforme de type saharienne de couleur kaki ou olive.
c) Le pistolet à la ceinture
Pendant une grande partie de sa carrière, notamment lors de ses apparitions internationales célèbres (comme à l’ONU en 1974), il portait un holster avec un pistolet à la hanche.
2. Encerclé par des chars, il refuse d’être délogé : Le siège du palais de la Mouqata’a
En pleine Seconde Intifada, après une série d’attentats-suicides sanglants en Israël, le gouvernement d’Ariel Sharon lance en mars 2002 une vaste offensive militaire en Cisjordanie. L’objectif affiché est d’expulser Arafat, accusé par Israël de diriger les violences, afin qu’il parte en exil. Ce ne fut pas un assaut unique, mais une série d’encerclements qui ont duré plus de deux ans.
• La destruction physique : Les bulldozers et les chars israéliens ont méthodiquement détruit la quasi-totalité du complexe de la Mouqata’a (un ancien fort de l’époque du mandat britannique).
• L’isolement : À la fin, Arafat et ses derniers fidèles étaient confinés dans quelques pièces d’un seul bâtiment encore debout, privés d’électricité et d’eau courante pendant de longues périodes.
• L’image du bunker : Les télévisions du monde entier montraient Arafat travaillant à la lueur des bougies, entouré de sacs de sable, portant toujours son uniforme et son keffieh, renforçant son image de résistant ultime. Malgré la destruction de sa résidence, et le siège tenu par de nombreux d’assaut, Yasser Arafat refusa catégoriquement de quitter les lieux, préférant, au besoin, mourir sur place.
3. La portée symbolique
Ce siège a paradoxalement redonné à Yasser Arafat une immense popularité alors qu’il était politiquement affaibli.
• Pour les Palestiniens : Il est devenu le symbole de la nation humiliée mais qui ne rompt pas.
• Pour la communauté internationale : Le siège était très controversé. Des militants pacifistes étrangers (les « boucliers humains« ) s’étaient infiltrés dans le bâtiment pour empêcher l’assaut final.
Voilà donc la symbolique utilisée par JB Mpiana dans cette partie de sa chanson ‘‘J’suis-là’’. Comme quoi, les musiciens doivent aussi être cultivés pour produire des œuvres qui ont de la consistance intellectuelle.
Belhar Mbuyi, correspondance particulière

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