Lorsque les puissances européennes se réunissent à la Conférence de Berlin en 1885, elles décident, sans même consulter les populations concernées, du sort de ce qui deviendra l’État Indépendant du Congo. Un pays est littéralement tracé au crayon sur une carte, non pour exister politiquement, mais pour servir les intérêts économiques d’un monde en pleine industrialisation.
Le premier cycle économique européen celui du charbon, de l’acier et des chemins de fer avait besoin de métaux. Le Congo devient alors un réservoir stratégique, exploité sans scrupules et au prix d’atrocités aujourd’hui largement documentées.
Vient ensuite le second cycle, celui de l’avènement du moteur à explosion. Le caoutchouc devient vital pour les pneus, les machines, les moteurs. Les puissances se tournent de nouveau vers le Congo, qui possède des gisements et des plantations capables d’alimenter l’industrie mondiale. Là encore, sans jamais demander l’avis du peuple congolais.
Le troisième cycle, celui de l’électricité, voit s’envoler la demande mondiale en cuivre. Le Congo devient indispensable pour électrifier l’Europe. Pour s’en assurer l’accès, les mêmes puissances attisent ou soutiennent des conflits locaux afin de garder la mainmise sur cette ressource.
Puis survient l’ère de l’atome : l’uranium du Congo celui de Shinkolobwe, précisément alimente la fabrication des deux premières bombes atomiques. La décision n’a toujours pas été celle du Congo, mais celle des puissances qui utilisent son sol comme arsenal stratégique.
À l’avènement du cycle numérique, les mêmes appétits s’expriment. L’élite politique congolaise issue de la Conférence Nationale Souveraine tente de résister, au nom de la souveraineté économique. Résultat : une guerre régionale dévastatrice, instrumentalisée par les puissances qui veulent les mines congolaises… mais sans les Congolais.
Aujourd’hui, un nouveau cycle mondial s’ouvre : celui des énergies vertes, des batteries, du cobalt, du lithium, du coltan et du cuivre « vert ».
Et pour la première fois depuis 1885, le Congo a une opportunité unique : celle de négocier, de peser, de choisir, et peut-être d’obtenir un partenariat fondé sur la dignité, le respect et l’intérêt mutuel.
Dans ce contexte, la forme du compromis importe peu. Ce qui compte, c’est le fond : qu’est-ce que la République Démocratique du Congo gagne réellement ?
Après trente ans d’un conflit où un agresseur est enfin identifié et reconnu devant la communauté internationale, certains diront que le résultat est insuffisant.
Mais parfois, dans l’histoire comme dans la diplomatie, il vaut mieux un “tiens” que deux “tu l’auras”.
Bazil Palambwa, analyste

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