La démission de Modeste Bahati Lukwebo de son poste de deuxième vice-président du Sénat ouvre une séquence politique sensible, où se mêlent équilibres régionaux, représentativité institutionnelle et exigences de parité. Au-delà d’un simple remplacement, c’est toute l’architecture du partage des responsabilités au sommet de la chambre haute du Parlement qui est interrogée.
Dans les cercles politiques de Kinshasa, une revendication gagne du terrain : voir ce fauteuil revenir à l’espace du Grand Oriental, jusqu’ici grand absent du bureau du Sénat. L’argument s’appuie sur une lecture attentive de la géopolitique institutionnelle congolaise. À la tête du Sénat, l’espace du Grand Katanga est représenté, tandis que les postes stratégiques de premier vice-président, rapporteurs et questeurs reflètent une présence notable des espaces Grand Kasaï, Grand Ouest et Grand Kivu. Une configuration qui, selon plusieurs observateurs, consacre un certain équilibre… à l’exception notable du Grand Oriental.
Cette absence est d’autant plus marquante que cet espace compte 16 sénateurs sur un total de 108, sans qu’aucun ne siège au bureau. À titre de comparaison, le Grand Kivu ne compte que 12 sénateurs mais occupe déjà deux postes au bureau. Une situation perçue comme un déséquilibre institutionnel et une marginalisation politique dans un pays où la cohésion nationale repose sur la représentation équitable des différentes aires géographiques.
Le constat est similaire à l’Assemblée nationale, où l’espace Grand Oriental peine également à s’imposer dans les sphères décisionnelles du bureau. La présidence y est occupée par un élu de l’espace Grand Kivu, tandis que les vice-présidences et autres fonctions clés sont réparties entre le Grand Kasaï, Grand Katanga et le Grand Ouest. Le Grand Oriental y est représenté par une seule femme, renforçant le sentiment d’une sous-représentation persistante.
Dans ce contexte, la succession de Modeste Bahati Lukwebo pourrait constituer une véritable opportunité de rééquilibrage. Lors des élections du bureau définitif de la chambre haute du Parlement, l’espace Grand Oriental avait subi une injustice. Aujourd’hui, plusieurs voix plaident pour qu’un sénateur issu de cet espace accède à la deuxième vice-présidence, au nom d’une justice institutionnelle et d’une meilleure inclusion des territoires dans la gouvernance nationale.
Au-delà de la question régionale, un autre enjeu se pose : la représentation féminine. En ce mois de mars dédié aux droits des femmes, certains acteurs politiques estiment qu’il serait judicieux de porter une femme à ce poste. Une telle décision permettrait de renforcer la présence féminine au sein du bureau du Sénat, qui ne compte actuellement qu’une seule femme, contrairement à l’Assemblée nationale où deux femmes occupent déjà des fonctions de responsabilité. Et la grande Orientale se dit prête à soutenir la candidature féminine.
La question de savoir si le poste revient au Grand Oriental découle davantage d’une logique politique que d’une disposition formelle du règlement intérieur. Les forces politiques et les équilibres linguistiques et régionaux jouent un rôle déterminant dans l’attribution de ces droits. L’espace Grand Oriental revendique légitimement une place dans le bureau du Sénat, surtout face à des espaces comme le Grand Kivu, déjà représenté.
À l’heure où le chef de l’État, Félix Tshisekedi, multiplie les appels en faveur de la masculinité positive et de l’inclusion, le choix du successeur de Bahati Lukwebo s’annonce hautement symbolique.
NGK

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